28 novembre

J’aurai écrit 72 pages de mon Memento en deux mois de présence résidente à Angers, assavoir 37,5% du carnet, plus d’un tiers, donc, quant 108 pages auront été écrites en six mois. Il reste, à ce jour, douze pages, pour clore le ci-carnet, et rien ne dit qu’un mois ou deux seront nécessaires pour ce faire, drôle de vitesse, que le remplir d’un carnet ou cahier.
Quand on me demande quel livre je souhaite qu’on m’offre, un grand vide se creuse en moi, en déséquilibre étrange… des centaines de titres me viennent alors en tête.
Chaque soir, tel celui d’hier, quelques pages de Cioran pour pernocter, « chercher l’être dans les mots ! – Tel est notre donquichottisme, tel est le délire de notre entreprise essentielle ».

26 novembre

Chaque soir, je me désabîme.
Bien entendu et évidemment et il ne pouvait en être autrement, bien que je m’y attendais et surveillais, sans auto-complaisance, sa revenue, le sentiment de nullité d’un texte issu de mon esprit est arrivé, d’une violence inouïe dès lors qu’il s’accompagne de celui d’imposture et de tromperie et, qui pis est, celui d’une entreprise d’illusion monumentale de soi, quoi ouvre l’abîme sans fond devant et derrière soi et remet en cause tout et plus que tout ; on ne s’habitue pas à ce retour de bâton intérieur, mais on apprend à passer cette étape, en forgeant l’esprit d’une certitude supérieure alors : que le doute porte.
Pour ce qui concerne « L’Enserrement Merlin », le travail sur « Abaddôn » l’aura un peu éloigné de mes préoccupations, l’Apocalypse l’aura submergé, mais je sais Merlin patient, en attente, dans l’infini temps devant lui, et j’espère un prochain temps dédié à lui, à lui seulement.
Parce que je suis capable de l’oublier (memento !), je le note ici, ce mot que j’avais sur le bout de la langue depuis plusieurs jours, qui avait été prononcé par Jacky Essirard lors d’un déjeuner ensemble, il n’y guère temps, que nous évoquions alors les activités d’écriture en termes pédagogicadministratifs, entre présidents chacun d’une association, et notamment évoquions-nous la capacité de la poésie, aujourd’hui, à effectuer des ponts entre elle et d’autres arts, sa capacité, voire, à absorber d’autres arts, sa malléabilité, de quoi j’avançais le mot « transversalité », Jacky me suggérant celui mot, que j’avais oublié entre temps, donc, et lui aussi (après que je l’eus questionné en messagerie privée de Facebook), et que j’ai retrouvé grâce à internet, non point grâce à ma mémoire de poisson rouge, Jacky, donc, me suggérant celui mot, enfin retrouvé : « pluridisciplinarité » ; poésie art devenu pluridisciplinaire ?
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Tapuscrit de Sur la route

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Ainsidoncques, le rouleau tapuscrit de Jack Kerouac, celui de Sur la route, mesurait 36 mètres de long ; c’est en hommage appuyé à Jack Kerouac que je fabrique des rouleaux de lecture, à l’occasion de mes lectures voix haute, quand cela a du sens, ça va de soi, et en référence, non moins marquée, à l’une de mes périodes d’histoire littéraire de prédilection, le Moyen Âge, en référence, donc, au rotulus médiéval, lui-même héritier du volumen antique, à cette différence où, sur le volumen, le texte était copié parallèlement au grand côté de la bande de parchemin, et le volumen, déroulé horizontalement, tandis que sur le rotulus, le texte était copié perpendiculairement, et le rotulus, lui, déplié verticalement ; le rouleau de Kerouac est un rotulus.
 rotulus
Le rotulus d’ « Abaddôn » mesure 5 mètres modestes ; et ne suit pas l’horizontalité de la Tenture de l’Apocalpse ; il est, formellement, un mélange d’échos, à l’icelle Tenture (les 75 blocs-strophes-proses), au rouleau kerouacien, au rotulus médiéval, et caetera.
Achat, cet après-midi, de grande importance, en ville d’Angers douce, du futur 25ème carnet du Memento, un classique et imperturbable carnet moleskine 240 pages quadrillées, papier sans chlore, format 13×21.
Barbarisme du jour : la multiréférentialité (d’un auteur). (Je lole.)

25 novembre

« Lorsque les mots nous manquent pour le dire, c’est un vertige que nous éprouvons – un vertige, et l’imminence de l’accord, le ravissement d’être, en tout lieu, dans le retrait et au centre du monde. » (Serge Velay)
Ayant entrepris l’escalade des 999 pages des Cahiers de Cioran, il me faut reconnaître ma résistance à le considérer comme un pessimiste, et ma tendance à le reconnaître comme un sceptique en fragments et malicieux de sincérité faite d’humour noir, lucide et auto-distant, un humour qui suscite une étrange adhésion, enthousiaste et presque roborative.
Dernière lecture voix haute et retravailleuse concomitamment  d’ « Abaddôn » avant mise en page finale et fabrication de l’objet de lecture pour constater l’excès, et donc leur lourdeur, de connecteurs énergiques ajoutés hier, aussi : en ôter quelques-uns fut la tâche matinale, après quoi, l’objet prêt, demain et jeudi, réflexion sur la modalité de lecture voix haute publique.
Après deux heures de bricolage, l’objet de lecture voix haute d’ « Abaddôn » est prêt ; maintenant, la lecture elle-même.

24 novembre

C’est juste pour ne rien Tout dire…
Ceci peut être, mon carnet Memento, n’est peut-être pas, le livre de mes Heures, passées à écrire, ce que je n’écris pas.
Mort de Bernard Heidsieck, ce 22 novembre, à l’âge de 86 ans.
Nouvelle relecture voix haute d' »Abaddôn », à dessein de glisser dans les blocs quelques mots ou fragments auxquels je tiens, comme « Goddamn ! », comme « des Apôtres sans emploi », comme « un Ange passa », comme « la multiplication des crécelles », ainsi qu’une référence sinon sa citation, à, de, la phrase de Rimbaud, « J’ai seul la clef de cette parade sauvage » (prononcée par Abaddôn ?)
J’ai trouvé, par hasard, une image, celle d’un Ange Noir, qui ressemble trait pour trait à celle que je me fais d’Abaddôn, remontant des miennes abîmes.
Relisant, adoncques et encore et encore, « Abaddôn », il m’est venu l’idée de lier les blocs à l’aide de ce qu’on appelle des connecteurs logiques (ou mots de liaison), point systématiquement, mais dans l’idéal, créer une gradation légèrement marquée, ces mots de liaison ne feront point de connexions forcément logiques, mais énergiques, ce crois-je.
J’aurai beaucoup griffonné dans mon carnet Memento, ces deux derniers mois, mis en impulsion favorable et fort excitante par la tenue régulière d’un blog et le désir de laisser aller quelques pages hors le reclusoir d’écriture, en retrait mais en présence, j’aurai pris goût à cela, à ce rendez-vous quotidien presque, livré sur la page publique, le blog et le désir suscitant ma gourmande prédation, mais d’ici quelques jours, le Memento va rejoindre son anonymat, restera proie, mais sans régularité disciplinée, et ce, au moment ou le 24ème carnet est à quelques pages de son achèvement.
Abaddôn, je vais faire remonter ton nom, sur Google…

23 novembre

Sur internet, Abaddôn est un fantôme ; puissent mes écritures faire remonter son nom.
Abaddôn
Hersoir, ce n’est pas sans grande émotion que je visionnais à nouveau un film devenu culte à mes yeux, Only lovers left alive, avec cette musique lancinante qui vous déchire les entrailles (« The Taste of Blood »), subjugué une fois nouvelle, beldam ! Des images posées sur de la musique, une aura trouble. Film que j’ai donc classé, depuis l’avoir vu au cinéma, en mon Panthéon cinématographique, aux côtés d’Excalibur, Dead Man, The Crow, In the Mood for Love, Hannibal Lecter, Zatoïchi.
Écoutant, ce soir encore, la merveilleuse viole de gambe de Jordi Savall.
Ce rêve éveillé d’un mécène qui m’offre du temps grâce à une modeste rente pour prendre celui temps qu’il me faudrait pour recréer l’énergie du reclusoir, avec ma bibliothèque personnelle en plus, et, tel un titan apocalyptique, donner toute sa puissance à « Abaddôn », le déployer de toutes ses ailes ténébreuses pour porter une vision du monde sceptique teintée du plaisir d’écrire, pour écrire un Livre-Monde-Ange. Rêve fou, goddam ! Mais rêve.
D’une seule traite, tandis que sonnait laudes, écriture d’un article sur le dernier livre de Valérie Rouzeau, Télescopages, un petit livre qui respire la joie d’écrire, l’émerveillement ébloui, sur un allant vaillant très-entraînant. Voilà-cy petite lurette que je n’avais pas écrit quelque recension sur un livre de Valérie Rouzeau, m’interdisant quasi presque de le faire pour cause de légitimité critique dont je veux maintenir garde haute et en raison du lien d’amitié qui est le nôtre par lequel je me défie d’en profiter et tirer à moy quelques éclats de sa notoriété. Maintenant, je puis dire baste et faire fi des appréciations désobligeantes, considérant n’avoir plus à prouver quoi que ce soit en matière d’intégrité critique ; ajoutant à cela le plaisir à écrire cette recension qui mûrissait de la prime lecture ; ci fait.
Je tourne beaucoup autour du carnet, celui du Memento, tel un prédateur prêt à fondre sur sa proie, parfois plusieurs minutes, parfois plusieurs heures, quand je le laisse ouvert, pour fondre sur lui, me nourrir en le dépeçant de son Vide, de sa Blanche Page, et m’acharner sur cette proie qui m’ouvre et m’offre ses entrailles, le dépecer jusques en avoir les doigts noirs et l’esprit  repu d’encre noire, insatisfait mais repu, reprenant mon envol et mon vol pour tourner encore, infatigable et insatiable, à nouveaux aguets, car le carnet se régénère, s’offre à nouveau à son prédateur ; écriture prédatrice, en ce sens, celle du Memento, où la prédation est union intime.
Hier tantôt, on a filmé mes bagues, mes chaussures, on m’a demandé c’est quoi être poète, deux points ouvrez les guillemets : »…
Ne les fermez mie.
Une forêt de phrases, mystérieuse, où chaque phrase ouvre sur un sentier non balisé à grande inconnue.

 

22 novembre

« Je ne suis plus qu’écriture », déclare Lambert Schlechter dans un entretien qui transite par Facebook.
Écrire au sujet de l’Apocalypse (on notera la majuscule de majesté dont je fais régulièrement usage), c’est, d’une part, un projet démesuré, s’on a un minimum élevé de conscience du monde, écrire l’Apocalypse, c’est re- et re- et re-penser le monde, quelle que soit son inculture dudit monde, et d’autre part, c’est vous engager à la lucidité, laquelle n’est pas forcément la plus plaisante à (faire) entendre. Mais le démesuré déplaisant est un pari follement excitant.
Écoutant la radio, songeant à la phrase de Lambert Schlechter, je déplace une expression figée : condamné au plaisir d’écriture à vie.
Dès le lever, en ce matin, « Abaddôn » ; relecture voix haute de l’ensemble dans mon reclusoir, avec correctifications apportées, ce faisant ; travail arrachéen ; on ne rigole pas avec l’Apocalypse.
Il est très déstabilisant de découvrir, lorsqu’on fait une recherche « Abaddôn » sur Google, de trouver, sur Google Images, sa propre image, en bonne place.
« Je me sens contemporain de tous les effrois futurs » (Cioran)

21 novembre

J’ai commencé hersoir ma lecture de chevet des Cahiers de Cioran, glissant un crayon de bois dans le pavé de 999 pages, car il y aura moult croix en marges, cum commento, voire.
Jusqu’au bout je ne me tairai, et mon dernier souffle, puisse-t-il être mémentorisé.
S’il advient que je devienne clochard, ce dont un écrivain, en France démocratique, en ce premier quart du 21ème siècle, n’est pas à l’abri, s’il advient cela un jour, je quêterai pécule mince pour m’acheter au moins carnet moleskine, stylos Pilot encre gel pour le Memento, et vin, le reste est de sombre importance.
« JE veux dire que le tumulte est évidemment extrême. » (Pierre Rottenberg)
Hersoir, à l’issue du dernier atelier d’écriture dans la bibliothèque Saint-Nicolas, Paul est venu me trouver, connaissant mon goût pour les particularités de la langue nôtre, pour m’apprendre qu’on pouvait trouver, sur le site du Vatican, un lexique de termes modernes latinisés, laquelle nouvelle happe ma curiosité et me met en attente du lien que doit me transmettre Paul, car difficile à trouver sur ledit site pontife. Une démarche honorable en ce sens où, déjà je considérais le latin comme une langue vivante, puisque enseignée, parlée au Vatican, et non point « morte », où elle accrédite ce que je viens de signifier, que le latin reste vivant en s’adaptant au monde moderne… Si nous parlions du breton ?…
Petite pause toute relative, ce jour d’huy, avec l’écriture de deux notes de lecture pour la revue CCP du CIPM, à propos d’ Archives pour un monde menacé, d’Anne Waldman, et de Philippe Beck, un chant objectif aujourd’hui (Actes du Colloque de Cerisy-la-Salle) ; pas de Merlin, ni d’Abaddôn.
Quoique :
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J’ai trouvé cette image par hasard en naviguant, l’ai installée en fond d’écran.
Mais pensée tournée vers « Abaddôn » néanmoins tout de même, fort poussée, avec doute à la clef.

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